Alors qu'il se croyait sans père, Léo apprend que ce dernier est en prison aux Etats-Unis, dans le couloir de la mort. Commence alors une relation sans promesse d'avenir commun.
La petite chambre baigne dans une semipénombre.
Les rideaux, opaques, sont tirés devant la fenêtre.
Des mégots s’amoncellent en pagaille dans un cendrier en bakélite,
posé à même le sol. La moquette a brûlé en plusieurs points.
Ils forment un arc de cercle presque parfait autour du lit.
Jusqu’à hier, Léo n’aurait jamais fumé chez sa mère.
Jusqu’à hier, on aurait dit de lui qu’il était un ado sans problème.
Sans problème particulier.
À présent, le monde entier – ce en quoi il a pu croire, un jour –
s’est disloqué, croule sous des tonnes de décombres.
Il se sent perdu, étranger à lui-même, ne reconnaît rien. Plus de repère.
Juste cette affreuse certitude d’avoir été trahi.
C’est pourquoi, aussi longtemps que sa mère s’entêtera dans son silence
et ses mensonges, il est bien décidé à lui «pourrir la vie».
Tout autant, estime-t-il, qu’elle lui pourrit la sienne.
Le portable clignote d’une couleur vive, il vibre, puis remue insensiblement,
semblable à un gros insecte.
Léo est entortillé dans les draps, le visage enseveli sous l’oreiller.
Il lui a fallu des heures, cette nuit, pour sombrer à bout de forces
dans un sommeil lourd, sans rêve.
Sa salive fait une auréole sur la housse de l’oreiller.
Les gros chiffres rouges du radio-réveil marquent 09:41. Léo s’étire enfin.
Il coule ses doigts écartés en éventail dans la jungle de ses cheveux.
Sa gorge le brûle. Trop de tabac. Et la nausée qui va avec.

Dans le cadre du prix littéraire alTerre ado,
la bibliothèque départementale de Savoie et Haute Savoie recevra
Fred Paronuzzi pour son roman : Un cargo pour Berlin.
Rendez vous à Aix les bains le 31 mars 2012.
Plus d'information sur : www.savoie-biblio.com