La porte rouge

La porte rouge

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Valentine GOBY
Hortense VINET (Photographe)
La porte rouge
Thierry Magnier Photoroman

Parce qu’elle s’est fait insulter pour oser porter des mini jupes, Dora a décidé de rester cloîtrée chez elle. Elle résiste aux pressions de sa mère inquiète, elle pense que sa liberté de fille est à ce prix. De sa fenêtre, elle observe la vie de sa cité. Charlie passe ses soirées au pied de l’immeuble, lui, fuit sa maison et son père violent. Jardinier, il ne ressemble pas aux garçons qui ont insulté Dora. Ces deux-là vont finir par se croiser.
Ensemble ils vont afficher leurs convictions.





Tous les jours, depuis le 29 juin, je vois le même paysage d’immeubles ni neufs ni anciens, la même tranche de mon quartier HLM, Cité Marcel Cerdan. Côté nord : un bout du bâtiment A, la façade du bâtiment B aux cinq étages rouge foncé, le bâtiment C aux toits verts, le tout cadré net par les angles de ma fenêtre. Tous les jours je vois les mêmes murs, des fenêtres identiques aux nôtres - deux battants, volets roulants blanc sale. Tous les jours la rue, en contrebas, l’impasse est déserte sauf une silhouette au téléphone portable vissé à l’oreille, un petit gars qui tape dans le ballon certains soirs, un tagueur mouchoir noué sur la bouche, un joggeur en survêtement noir. Côté sud : le mur du cimetière. Tous les jours je fixe les mêmes formes géométriques, les mêmes espaces vides. Tous les jours depuis le 29 juin, et à travers une vitre. Seules les couleurs changent. Le jaune pâle du matin devient blanc coupant à midi, et le soir met le feu au verre et aux cadres d’aluminium. Les jours de pluie laissent des traces calcaires sur les vitres, ensuite la vue maculée semble une photo jaunie, un cliché triste tombé d’un vieil album photo. Mais il n’a plu que deux fois en deux mois.
C’est le mois d’août 2003, le thermomètre collé à la fenêtre indique 42°C à l’ombre, une brume de chaleur tient lieu de ciel, et les arbres desséchés ont déjà perdu leurs feuilles. Je regarde leurs branches nues comme en hiver, ils crèvent.

Valentine Goby est née à Grasse en 1974. En sortant de Sciences Po, elle a entrepris de grands voyages. À son retour en France, en 2002, elle publie aux éditions Gallimard son premier roman, La Note sensible. Suivront ensuite d’autres romans, adultes et jeunesse.

(Crédit photo : Fanny Dion)



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