Les trois caramels capitaux

Les trois caramels capitaux

agrandir l'image
Jean-Claude MOURLEVAT
Les trois caramels capitaux
Thierry Magnier Romans Jeunesse

Il a mené une belle vie simple et honnête, sans taches. Aussi lorsqu’il meurt la première fois, il est sûr d’avoir gagné son paradis. Oui, mais Saint Pierre n’est pas de cet avis : à l’âge de sept ans, il a volé trois caramels, il doit donc redescendre sur Terre pour tout recommencer…

Jean-Claude Mourlevat nous revient après dix ans d’absence avec une fable savoureuse et décalée.





La première fois que je suis mort, une belle surprise m’attendait.
Je montais en sifflotant un chemin en pente douce, sous un soleil printanier, et tout en haut m’est apparu un mur de pierres orné de campanules. Un portail de bois invitait le promeneur à entrer. Il était surmonté d’un simple panneau : PARADIS.
Cela m’a semblé normal. Je ne prétendais pas avoir été exemplaire toute ma vie, mais je n’avais rien commis de vraiment grave : je n’avais tué personne, je n’avais blessé personne, je n’avais humilié personne. Mon pire méfait était d’avoir volé trois caramels mous à l’épicier de mon village à l’âge de sept ans et demi.
Un vieil homme, barbe et cheveux blancs, était assis derrière une petite table, près du portail.
– Ah, s’est-il exclamé en m’ouvrant les bras, vous voilà ! Asseyez-vous donc.
C’était Saint Pierre, bien sûr, qui contrôle les entrées du paradis, chacun le sait. Il semblait joyeux et bienveillant. J’ai pensé : simple formalité, dans deux minutes je suis à l’intérieur.
– Voyons, jeune homme… a-t-il marmonné en ouvrant un énorme livre, tandis que je prenais place sur un tabouret en face de lui.
M’entendre appeler « jeune homme » m’a amusé, j’avais tout de même soixante-dix-huit ans, mais lui qui en avait presque deux mille pouvait se le permettre.
– Vous étiez donc…
– Mécanicien ! l’ai-je aidé.
Son oeil s’est allumé.
– Mécanicien ! Ah, ah ! Alors vous avez certainement travaillé sur la dernière Cabriolet 16 soupapes de Renault ? Quelle petite merveille ! Avec ça je vous ferais des allers-retours paradis/Terre Terre/paradis en moins de temps que…
– Non, l’ai-je détrompé, je ne m’occupais pas de voitures, je réparais des vélos.
– Ah, des vélos, a-t-il repris, moins enthousiaste, mais des vélos de course, je suppose, ou des VTT ?
– Oh non, juste des vélos d’enfants, ou des vélos de promenade.
– Ah.
Il a tourné les pages en silence, visiblement déçu, puis il s’est brusquement figé :
– Tiens, tiens, qu’est-ce que je vois là ? Oh mais ça m’ennuie beaucoup, cette histoire de caramels…

Jean-Claude Mourlevat est né en 1952 à Ambert en Auvergne de parents agriculteurs. Il est le cinquième enfant d'une fratrie de six.  Il exerce le métier de professeur d'allemand pendant quelques courtes années avant de se consacrer au théâtre comme comédien et metteur en scène.

En 1996, il écrit pour la scène plusieurs contes qui deviennent des albums. Suivent une quinzaine de romans, jeunesse et adultes, traduits en vingt langues et récompensés par plus de cent prix littéraires.

Jean-Claude Mourlevat vit près de Saint-Etienne.



titretitretitretitretitretitretitretitretitretitretitretitre