Champ de mines NE

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Yann MENS
Champ de mines NE
Thierry Magnier Romans Jeunesse

Soyann marche vers la ville, comme sa mère le lui a ordonné avant de s’effondrer : « Marche tout droit. Là-bas la nourriture arrive. »
C’est que, dans ce pays africain ravagé par la guerre civile, les hommes font la guerre ou ont été tués, et les familles désertent les villages. Un bruit d’avion détourne Soyann de sa route. Il sait que, dans les avions, des cargaisons de nourriture sont entreposées, alors il fonce à travers la savane, sans savoir qu’elle est truffée de mines. À côté de la piste, Paola, l’infirmière qui travaille pour une ONG, voit l’enfant. Elle veutaller le secourir, mais c’est mettre sa vie à elle en danger, et son jeune garde du corps refuse…
Si peu de mots pour dresser le tableau d’une Afrique au quotidien, du rôle des ONG, du danger qui guette les enfants tous les jours. Changement de registre pour Yann Mens. Il retrouve ici un thème qui lui est cher et qu’il connaît bien : l’Afrique





Thèmes : solidarité / guerre



1.

Soyaan n’a rien mangé depuis deux jours et pourtant il continue à marcher. La lumière du soleil d’Afrique l’aveugle, ses jambes tremblent à chaque pas. Il a peur de tomber et de ne plus pouvoir se relever. Mais le garçon marche, sans jamais s’arrêter.
Avant de mourir sur le bord de la route, sa mère le lui a ordonné:
– Tu dois avancer vers la ville. C’est là qu’on distribue la nourriture. Va, mon fils!
Soyaan a attendu qu’elle ferme les yeux et qu’elle ne bouge plus du tout pour reprendre le chemin. Il aurait bien voulu retourner au village mais, là-bas, il n’y a plus rien. Les hommes sont partis les premiers il y a longtemps pour chercher de quoi manger. Mais ils ne sont pas revenus. Peu à peu, les femmes ont pris la route avec leurs enfants. Soyaan et sa mère sont partis les derniers. Seuls quelques vieux qui n’ont plus la force de marcher sont restés au village.
Maintenant, Soyaan est seul sur la longue piste de terre et il doit avancer. À la ville, il ne connaît personne. Tout ce qu’il sait, c’est que la route y mène et qu’il faut deux jours de marche pour y arriver.
Parfois, un camion chargé d’hommes armés dépasse le garçon. Soyaan se cache dans le fossé pour ne pas être vu. Plusieurs bandes se font la guerre dans le pays.
Depuis que le président du pays est mort, trois ans plus tôt, leurs chefs se battent pour prendre sa place.
Les hommes au fusil n’ont rien à craindre du garçon, bien sûr. Et, sans doute, ne gâcheraient-ils pas une balle pour un enfant, mais Soyaan a peur.
Il sait que son père et les autres hommes du village ont été tués sur la piste, en direction de la ville.
Alors il attend longtemps avant de se relever. Sur son dos, il a chargé le baluchon que sa mère portait et, dans sa poche, il serre un petit couteau que son oncle lui a offert pour ses sept ans, juste avant de quitter le village.
La nuit dernière, il est monté dans un arbre pour dormir. il avait peur des bêtes sauvages.
Le couteau le rassurait un peu, mais il a eu du mal à trouver le sommeil.

 

2.

Parfois, sans s’en rendre compte, Soyaan ferme les yeux en marchant et zigzague vers le fossé.
Il s’est cogné plusieurs fois le pied sur de gros cailloux.
Ça saigne, il boite un peu, mais il n’y prête pas attention. Il essaie de regarder droit devant lui, vers la ville.
Soudain, un bruit sourd lui fait lever la tête. Il ne voit rien dans le ciel et pourtant, il est sûr d’avoir entendu un grondement.
La pluie? Impossible.
Il n’est pas tombé une goutte d’eau depuis des mois et le ciel est bleu, désespérément bleu. Non, ce n’est pas l’orage. Soyaan s’arrête, pose le baluchon et tend l’oreille.
Le bruit vient d’en face.
C’est un avion. Il en est sûr. Ce sont les avions qui apportent la nourriture dans la région depuis qu’il y a la guerre.
Il doit se dépêcher sinon, quand il arrivera en ville, il ne restera plus rien.
Il se met à courir. Il ne sent plus les blessures à ses pieds, ses jambes ont cessé de trembler. Le couteau dans sa poche lui bat la cuisse. Le garçon galope comme il galopait en jouant au village avec les autres enfants. Il s’arrête à peine pour reprendre son souffle. En courant, il repense à l’ordre que lui a donné sa mère.
– Va, mon fils!

Yann Mens est né en 1958. Il est rédacteur en chef d’Alternatives internationales et chronique également des disques de jazz pour La Croix. Il écrit pour la jeunesse aux éditions Thierry Magnier et ailleurs depuis plusieurs années.



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