Maman, j'ai peur

Maman, j'ai peur

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Jean-Paul NOZIÈRE
Maman, j'ai peur
Thierry Magnier Romans Jeunesse

Grégoire surprend une jeune fille en train de cambrioler la villa de ses parents.

Malgré la situation il tombe instantanément raide amoureux de Anca Marcovic, comme elle dit s’appeler. Mais Anca disparaît sans demander son reste et Grégoire, un peu aidé par sa soeur qui, pourtant, a d’autres chats amoureux à fouetter, n’aura de cesse de la retrouver.

Son enquête le mènera au coeur d’un réseau de cambrioleurs qui emploient les jeunes filles de l’Est, achetés à leurs parents. Le récit de Grégoire alterne avec le journal d’une de ces jeunes filles, son histoire, son long voyage, son « métier », et les deux histoires dressent en parallèle le portrait d’adolescents contemporains, en France, aux vies bien différentes.





Grégoire commençait à regretter de n’être pas parti en vacances avec ses parents. L’été à Boriro-les-Bains ressemblait de plus en plus à une punition. Il ne croisait dans les rues à peu près que des vieux en cure. Il ne leur accordait aucune attention en traversant le parc ombragé du Grand Hôtel. Mais voilà, Julia qui devait venir camper (avec ses parents, elle), comme l’année précédente, avait téléphoné.
-Je suis fumasse ! On part en vacances en Toscane ! Papa dit qu’il en a ras le bol de Boriro-les-Bains et maman reconnaît que la flotte de ton bled ne soigne pas davantage son asthme que…
-Hé, tu déconnes, là ? l’avait interrompue Grégoire.
-Ben non, Greg.
Julia pleurait au téléphone, si bien qu’il avait dû la consoler. Il ne pensait pas du tout ce qu’il disait.
-Pas grave, Juju. On aura d’autres occasions de se rencontrer. Tu verras, la Toscane est une région super belle.
Il ne savait pas trop dans quel coin d’Italie se nichait la Toscane. En revanche, il savait très bien qu’il s’y était mortellement ennuyé durant deux semaines de vacances en famille, des années auparavant. Il entendait encore sa mère s’émerveiller dans la voiture, « mon dieu que la Toscane est belle », alors que sa soeur et lui bâillaient. Le bouquet avait été la succession démente des musées, des églises, des châteaux, accompagnée des réflexions paternelles « quelle splendeur, ah la Renaissance… ». Leur mère insistait :
-N’est-ce pas les enfants que nous en prenons plein les yeux ? Vous avez conscience de votre chance ? Les trésors culturels de l’Italie à votre âge, vous vous rendez-compte ?
Oui, Eloïse et lui se rendaient parfaitement compte et cette lucidité les avaient poussés à refuser catégoriquement de partir cette année en vacances en famille. Un mois en Irlande.
-Vous perfectionnerez votre anglais, rabâchait leur mère. Nous visiterons le pays de fond en comble. Une immersion culturelle d’un mois, quelle chance pour vous !
A ce stade de la discussion, mettre les points sur les i devenait urgent. Eloïse s’était jetée à l’eau la première.
-Maman, j’ai dix-huit ans, je viens d’obtenir mon bac, alors stop au perfectionnement en ceci ou en cela pour cet été. Je reste à Boriro avant mon entrée à Sciences-Po . Je bulle
au soleil, bronzage, lectures et non, merci pour les landes et les moutons d’Irlande.
-Bon, d’accord, tu es majeure, tu as ton permis de conduire et tu pars à Paris en septembre,avait consenti leur père, mais Greg…
Grégoire était intervenu illico.
-Je reste ici avec Eloïse qui sera ma nounou. J’ai seize ans, il est temps que je profite demes premières vacances peinardes.
Les sourcils en parapluie ouvert de sa mère lui indiquaient qu’il devait freiner sur le chemin « vacances peinardes ». Il avait pourtant enfoncé le clou.
-Je vous préviens que si vous insistez, je vous pourris vos vacances mieux que le pire de vos élèves dans votre pire classe et croyez-moi, je saurai faire.
La menace s’était avérée très efficace sur des parents tous les deux profs d’anglais. Greg ne pouvait évidemment pas développer l’argument Julia. Sa copine bretonne, connue l’été précédent, qui accepterait peut-être cette année de le suivre dans sa chambre durant ce mois d’août de liberté.
Mais Julia ne venait pas à Boriro.

Jean-Paul Nozière a exercé le métier de documentaliste dans un collège de la Côte d'Or, avant de se consacrer entièrement à l'écriture. Il a enseigné l'histoire-géographie en Algérie aux filles des classes de première du lycée Malika-Gaïd de Setif, durant deux ans : un souvenir inoubliable.
Il est l'auteur d'une quarantaine de titres pour adolescents et de dix romans policiers pour adultes.



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