En plein dans la nuit (NE)

Hélène GAUDY
En plein dans la nuit (NE)
Thierry Magnier Romans Jeunesse

À cause d’un livre lu à haute voix en classe et des railleries de la classe entière, Julien s’est battu comme un chien. Puis il a quitté en douce le collège, par le trou dans le grillage derrière les sapinettes. C’est là qu’il a trouvé le flingue. Avec Chen, son ami, ils vont trouver quoi en faire: tuer le big boss, l’ennemi intime, parce que tout le monde a un big boss...

C’est une histoire de trahison, de lâcheté, de tentation.
Comment on peut laisser tomber un ami pour se fondre dans le consensus de la classe, ne pas faire de vague.





Mon nez trop grand, mon visage rouge. Je le couvre avec mes mains. Je sais qu’elles sont immenses,
immenses et même pas fortes, larges et inoffensives comme des queues de castor. Je suis un castor.
Dans les toilettes du collège, je retrousse les lèvres devant la glace. Je regarde mes dents, crantées comme
celles des mômes. Une bouche trop grande avec des dents d’enfant dedans. Ma main dans sa figure, ça ne lui a même pas fait mal. Elle a rigolé. Elle m’a empoigné. On est tombés entre les tables, l’un sur l’autre, comme des chiens.
M. Mermoz a dit quelque chose comme ça, « comme des chiens ». Quand on s’est relevés, Rhoda et moi,
il ne nous a même pas séparés. Il a attendu que Rhoda me mette sa petite main de boxeuse dans la
figure. Je me suis protégé, réflexe, mais elle m’a eu quand même, en plein dans la joue droite. Autour,
ça rigolait, ça résonnait dans mon oreille. Bam. Bam.

Un sifflement qui brûle. J’avais tout le corps qui tremblait, tremblait, et ça se calmait pas. J’ai reculé.
Je suis tombé en arrière. La table en pleine tête. Rhoda me regardait de haut, les mains sur la ceinture
du survêt. M. Mermoz a demandé à Martin d’aller chercher un surveillant et a laissé Rhoda faire la
fière au milieu de la classe, ses petits poings encore chauds gigotant devant sa tête de fouine. J’ai entendu
quelqu’un dire « Ce qu’elle lui a mis, Rhoda !» et les autres qui criaient. Je suis sorti de sous la table avec
mes jambes qui tremblaient, mes bras qui cognaient dans les chaises.

Hélène Gaudy est née à Paris en 1979. Elle est l’auteur de Vues sur la mer (Les Impressions nouvelles, 2e sélection du prix Médicis 2006), Atrabile (éditions du Rouergue 2007) et Si rien ne bouge (éditions du Rouergue 2009).



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