Petit maboul (NE)

Petit maboul (NE)

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Charlotte MOUNDLIC
Petit maboul (NE)
Thierry Magnier Romans Jeunesse

À l’école, il a fait un truc pas très sympa, exprés. Et il en était même assez content.
À la deuxième bêtise, il s’est fait prendre.
Bizarrement la directrice lui a parlé doucement, comme s’il était malade. Là il a compris que c’était grave. Un rendez-vous est pris chez le docteur Labrouette, pour parler sans se déshabiller. Alors qu’il n’avait pas envie de raconter sa vie, tout est venu d’un coup, les mots qui se précipitent, les larmes qui déferlent et la sensation de se vider aussi de son chagrin. Après cette séance, il se sent beaucoup mieux.

 

Le ton léger et l’humour de l’auteur dédramatisent la situation. Aller chez le docteur Maboul ne veut pas dire qu’on est fou.





Tout a commencé le jour où, à l’école, j’ai fait un truc pas très sympa. J’ai balancé de l’encre bleue sur le pull blanc d’une fille de ma classe qui s’appelle Marine.
Simplement en agitant mon stylo plume très fort devant le dossier de sa chaise sur lequel était posé son pull.
Il était couvert de petites taches. C’était juste avant la récré, au moment où la classe se vide. Quand ça sonne, tout le monde sort en criant et, dans la bousculade, personne ne m’a vu.
J’ai fait ça juste parce que j’en avais envie. Marine, je la connais à peine et je ne lui parle presque jamais. Mais c’est comme ça, je ne sais pas pourquoi, je n’ai pas pu me retenir...
Et le pire, c’est que, sur le moment, ça m’a fait drôlement plaisir. Après, j’étais un peu ennuyé mais sans plus...

 

Quand Marine a retrouvé son pull taché, elle s’est mise à pleurer.
La maîtresse a demandé qui avait fait ça. Bien sûr, personne ne s’est dénoncé, et quand elle a soupçonné Martin, je n’ai rien dit. Il s’est défendu en disant qu’il n’y était pour rien, alors que d’habitude, quand c’est lui le coupable, il avoue facilement.
Du coup, elle l’a cru.
Ce coup-ci, je m’en suis tiré facilement, j’étais plutôt soulagé et même assez content de moi.
Je n’avais pas du tout envie de m’arrêter là. Et comme ça me démangeait trop, j’ai cherché une autre idée.

Deux jours après, avec la pointe de mon compas, j’ai gravé le prénom de mon voisin dans le bois du bureau. Chaque mardi matin, il va chez le kiné faire de la rééducation depuis qu’il s’est cassé la cheville en sport.
C’était super joli tout en majuscules, avec les petites rainures du bois qui formaient des branches au bout desquelles j’ai dessiné de minuscules feuilles.
Ça faisait comme un arbre en forme de prénom. Presque comme si Robin des Bois était venu signer lui-même avec le bout de sa flèche.
Ça m’a pris pas mal de temps, tout le cours de maths, plus une bonne partie du cours d’instruction civique. J’étais fier du résultat, je ne pensais pas que ça rendrait si bien.

Si je m’étais arrêté là je ne me serais peut-être pas fait piquer.
La maîtresse aurait pensé que c’était Robin, et lui, comme je l’aime moyen... Mais j’ai voulu laisser couler de l’encre dans les lettres pour faire mieux et je me suis super mal débrouillé en perçant la cartouche, ça a débordé partout sur mes doigts, la catastrophe.
J’ai commencé à m’agiter en essayant d’attraper un mouchoir dans mon cartable mais, comme ça dégoulinait vraiment beaucoup, j’ai dû lever le doigt pour aller me laver les mains et le bout des chaussures...

Née en 1970 , Charlotte Moundlic est éditrice BD jeunesse & directrice artistique des éditions Rue de Sèvres. Elle développe parallèlement une activité d'auteur pour la jeunesse. À ce jour une vingtaine de titres (albums et nouvelles) ont été publiés chez différents éditeurs (Thierry Magnier, Flammarion, Albin Michel Jeunesse et Lito). Mère de deux filles, elle habite aux Lilas (93).

(photo de Laurence Houot-Remy)



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