Juliette Pommerol chez les Angliches

Juliette Pommerol chez les Angliches

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Valentine GOBY
Juliette Pommerol chez les Angliches
Thierry Magnier Romans Jeunesse

Revoilà notre héroïne joyeuse empêtrée dans ses mensonges. Malgré sa peur de quitter ses parents, elle se retrouve en Angleterre dans une famille typique qui se met en quatre pour exécuter les vœux qu’elle a exprimés sur sa fiche avant de partir.

Au programme, balades dans Londres et, surtout, camping en Écosse... Les Angliches ont de bons côtés, savez-vous, et de l’humour aussi.

Adorable menteuse, Juliette exporte sa propension au mensonge en Angleterre pour une réjouissante balade sous la pluie.





– Arrête tes salades. Moi aussi je pars en Angleterre.
– Hein ? a fait Flavie stupéfaite.
– Je pars, je te dis.
– Tu connais des gens là-bas ?
– Non. Je vais dans une famille, comme toi.
Et, impériale, j’ai pris un plateau dans la pile, choisi steak-frites-crème-caramel pour me donner du courage, et suis allée m’asseoir le plus loin possible de mon ennemie.

À la maison, ma mère est tombée des nues.
– Tu veux partir en Angleterre dans une famille pendant deux semaines ?
– Oui.
Elle m’a attrapé le menton :
– Regarde-moi Juliette Pommerol : une nuit chez une copine à deux cents mètres d’ici et tu as l’impression d’avoir quitté la maison depuis trois mois... tu veux vraiment partir seule chez des inconnus pendant quatorze nuits de l’autre côté de la Manche ?

J’ai avalé ma salive, et j’ai soufflé d’un air détaché :
– C’est ça.
Ma mère a secoué la tête.
– Ttttt, je te connais, tu es une Pommerol ! Tu es en train de mentir et je ne sais pas pourquoi...
– Non, j’ai protesté, j’ai vraiment envie de partir. C’est facile, c’est la mairie qui organise, il suffit de remplir un formulaire. Il est temps que j’apprenne à vivre un peu sans vous !

J’ai bien vu que ma mère se forçait à garder son sérieux.
Elle se demandait quel tour j’étais en train de lui jouer. On a rempli le formulaire sur la table de la cuisine. À toutes les questions on a répondu oui, de peur que je ne sois pas retenue.
L’enfant a-t-il déjà effectué un séjour collectif ? Oui. Combien de fois ? Ma mère m’a interrogée du regard, j’ai proposé « Heu... dix ?»
Faut pas exagérer, a rétorqué ma mère, et elle a écrit neuf.
L’enfant aime-t-il la nature ? J’ai hoché la tête. Le camping ? Bien sûr (je n’ai jamais campé). Le sport ? Oui. La lecture ? Absolument. Oui aussi à la mer, à la campagne, à la vie de famille, à la poterie, aux musées, au vélo, au cinéma, au jardinage, à la fin ma mère lisait la liste à toute vitesse et je disais oui sans réfléchir, j’aurais dit oui aux brocolis, au yoga, au tricot, à la chasse au sanglier s’il avait fallu, Juliette Pommerol n’est pas une mauviette, je mettais toutes les chances de mon côté, je partirais en Angleterre.

Ensuite une personne de la mairie a voulu me rencontrer. On m’a posé les mêmes questions. La nature, la lecture, la vie de famille, le camping. Je ne sais pas ce qui m’a pris,sur la question camping j’étais très inspirée, moi qui déteste l’idée de dormir sous la tente sur un sol dur et entourée de bêtes sauvages, peut-être parce que ma tante venait de nous raconter, folle de joie, ses vacances en bivouac au Canada :
– J’adore le camping, la vie dehors, se lever à l’aube et se coucher à la nuit tombée ! Et puis la pêche, et les feux de camps, et entendre les oiseaux gazouiller au réveil !

Dans le bureau du responsable jeunesse, je répètais les mots émerveillés de ma tante. Ma mère me dévisageait, presque inquiète, mais ce jour-là j’avais une âme poète, rien ne m’arrêtait.

Valentine Goby est née à Grasse en 1974. En sortant de Sciences Po, elle a entrepris de grands voyages. À son retour en France, en 2002, elle publie aux éditions Gallimard son premier roman, La Note sensible. Suivront ensuite d’autres romans, adultes et jeunesse.

(Crédit photo : Fanny Dion)



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