La vie de l'unique, l'étonnante, la spectaculaire, la miraculeuse Lara Schmitt - Tome 3



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Finn-Ole HEINRICH
Isabelle ENDERLEIN (Traducteur)
Ran FLYGENRING (Illustrateur)
La vie de l'unique, l'étonnante, la spectaculaire, la miraculeuse Lara Schmitt - Tome 3
La fin de l'univers
Thierry Magnier Romans Jeunesse

Le temps a passé et Lara grandit, elle a toujours autant d’énergie et d’inventivité, elle est toujours aussi entourée par le colonel Raclette, Lars, Ludmilla, s’est un peu réconciliée avec son père, surtout depuis la naissance de jumeaux dans son nouveau foyer. Elle se prépare aussi, avec sa maman, à l’inéluctable qu’elle a maintenant accepté.

Ce dernier volume qui clôture la trilogie est très émouvant, bien sûr, puisqu’il aborde le deuil d’un parent longtemps malade. Mais c’est aussi le roman de la vie qui continue, des liens tissés à jamais...





Maman donne conférence. Cela signifie qu’elle est dans sa chambre, couchée dans LE lit, et qu’elle se parle à elle-même. Qu’elle tient son journal intime. Qu’elle rebat les oreilles de l’appareil-enregistreur de mon père - appelez ça comme vous voulez.

C’est mon père qui est chargé des enregistrements : il gribouille les lettres qui doivent être écrites, télécharge les enregistrements sur son ordinateur et les sauvegarde.

C’est son job. L’un de ses jobs. Je ne peux quand même pas tout faire.

Assise à table, je prépare le musli. Si je m’arrête de bouger et que je tends l’oreille, je perçois la voix assourdie de maman qui s’échappe de la porte en douceur. Un jour, tous ces enregistrements seront à moi, maman l’a promis. Alors, je construirai une borne d’écoute. Je m’emparerai du gros vieux fauteuil de Râlbanie et le hisserai tant bien que mal dans mon grenier.

Puis je monterai la chaîne-stéréo de la cuisine et disposerai les baffles sur deux piles de livres choisis parmi les préférés de maman, à hauteur de tête exactement. Et là, j’écouterai les enregistrements. Ma mère me parlera à plein tube, direct dans les oreilles.

Placer le musli au frigo. Mettre de l’eau à bouillir. Faire la vaisselle. Ludmilla a arrosé les fleurs, sa soupe du jour trône sur la cuisinière, il n’y a plus qu’à la réchauffer. Verser le thé. L’eau bouillante clapote dans la petite théière bleue bombée que je connais depuis toujours. C’est notre théière. Si elle venait à m’echapper des mains et à se briser, je ne sais pas si j’y survivrais. Si je m’en remettrais.

Toutes ces choses, c’est nous. Qui serais-je sans ces pots de fleurs, sans ce sol en plastique qui me porte, sans la sculpture de chewing-gums mâchonnés, posée dans notre duché déchu de l’ex-Râlbanie, sur le frigo de la cuisine ?

Si mon pouce était un soleil, alors ma vie serait un univers, et ma mère, Lars, papa, grand-père et Ludmilla seraient des galaxies. Il y aurait des trous noirs, comme la maladie, qui absorberaient et détruiraient tout, qui emmagasineraient de l’énergie pour faire les quatre cent coups avec. Il y aurait des soleils, des gros et des petits, des lumineux et des moins lumineux, comme notre commerce de glace, l’école, les cours de soupe, les trouvailles, le business d’agent secret ou les virées avec chien et tortues.

Et toutes ces choses qui m’entourent – depuis Ralf, le fauteuil roulant, jusqu’a la vieille truelle collée sur le mur en Râlbanie, à côté des toilettes, qui sert de distributeur de PQ, en passant par les vieux pots de confiture de la cuisine dans lesquels on conserve toutes sortes de graines et de noix – ce seraient des planêtes. Peut-être des mondes pourvus de vie. Une vie capable de se souvenir. Un souvenir vivant.

Finn-Ole Heinrich est un écrivain et cinéaste allemand, né en 1982 à Hambourg où il vit toujours.
Il a reçu de nombreux prix pour ses oeuvres dont le Prix de littérature Kranichsteiner (2008) et le Prix allemand de littérature jeunesse (2012).
Lara Schmitt est son premier roman traduit en français.



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