Jonas dans le ventre de la nuit

Jonas dans le ventre de la nuit

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Alexandre CHARDIN
Jonas dans le ventre de la nuit
Thierry Magnier Romans Jeunesse

Pour sauver un âne promis à l'abattoir, Jonas part avec lui dans la montagne. Très vite, il est rejoint par Aloyse. Les deux enfants vont marcher dans le froid, bravant la neige et la nuit. Au petit matin, les deux garçons grandis sauront trouver une réponse à leurs interrogations.





La scène pourrait sembler comique. Un homme tente de faire rentrer un âne têtu dans un camion garé au bord de la route. Mais Jonas, qui les observe de la fenêtre de la cuisine, ne rit pas. Il connaît l’homme, monsieur Claude, et Sorgo, l’âne. L’homme tire de toutes ses forces sur la corde au bout de laquelle l’animal résiste de toutes ses forces, la tête levée. C’est une lutte acharnée. Monsieur Claude grimace, jure et gesticule. L’âne est immobile, les pattes avant tendues sur la planche menant au camion. Ses grands yeux blancs où roulent la terreur et la folie ne savent où se poser.


Jonas tremble. Leur lutte est effrayante. Soudain, l’âne se met à braire. C’est un vieil âne à la voix rocailleuse, mais forte. D’habitude, il braie quand Jonas passe devant le jardin de monsieur Claude, le voisin. L’âne quémande un morceau de pain, une caresse, une gentille parole. Il se contente d’un mot, d’un regard. Mais cette fois, l’âne crie. Et son cri est tout à fait comme son grand oeil trop blanc, rempli de peur et de folie. Jonas a toujours quelque chose pour Sorgo. Il aime son regard doux. Aujourd’hui, Sorgo n’est pas doux. Son corps est raidi de terreur. Monsieur Claude, exaspéré, tire sur la corde, donne des à-coups et crie, lui aussi. Jonas ferme les yeux. Pourquoi Sorgo ne veut-il pas entrer dans le camion ?

 

L’homme n’est pas méchant. La parole rare et sèche, le sourire timide, l’oeil clair caché sous les broussailles de ses sourcils grisonnants, il salue toujours le garçon de loin en soulevant haut de sa grande main de paysan le vieux bonnet de marin qu’il porte hiver comme été. C’est le voisin de la famille d’accueil de Jonas. Un solitaire entouré de tant d’animaux que Jonas n’a jamais pu les compter. Ils ont l’air heureux chez lui. Les chèvres grimpent sur le vieux tracteur rongé par la rouille que Jonas a joué à conduire pendant des heures, ou sur le tas de bois pourri sous lequel se cachent de lentes salamandres noir et jaune. Les chats jouent entre les pattes des trois vaches qui allongent démesurément leur langue entre les engins agricoles en ruine pour brouter l’herbe haute que monsieur Claude ne coupe jamais. Des poules sont poursuivies par le vieux chien qui s’arrête, essoufflé, après quelques mètres et deux aboiements. Sorgo, lui, regarde cette activité avec beaucoup de calme. Il est le sage. Le tour blanc de ses yeux lui donne un air triste. Il ne se déplace que pour venir saluer Jonas, qui aime plonger sa main dans son pelage brun, épais, pour le gratter.

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