Attends qu'Helen vienne...

Attends qu'Helen vienne...

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Mary DOWNING HAHN
Valérie DAYRE (Traducteur)
Attends qu'Helen vienne...
Une histoire de fantômes
Thierry Magnier Romans Jeunesse

Molly, douze ans, et son frère Michael ont du mal à aimer Heather, la fille de leur beau-père. Par ses mensonges, ses jérémiades, ses comédies, la fillette de sept ans leur empoisonne la vie. La famille recomposée déménage à la campagne dans une église désaffectée. À peine arrivés, les enfants découvrent qu’un ancien cimetière se cache au fond du terrain. Heather est fascinée par cet endroit et y passe des journées complètes. Bientôt, elle raconte qu’elle y bavarde avec le fantôme d’une enfant de son âge prénommée Helen. Et si Heather disait vrai ? Si le fantôme d’Helen hantait le jardin ? Une chose est sûre, Helen a bien existé, et Molly et Michael vont découvrir qu’Heather n’est pas sa première victime.

 

Frissons, frousse et suspens garantis, ce roman de genre s’inscrit bien dans la lignée des romans qui font peur. Une histoire de fantôme intemporelle, qui nous tient en haleine de la première à la dernière page.





– Vous avez acheté une église ? s’est exclamé Michael.
Nous avions lui et moi levé le nez de nos devoirs étalés sur la table de la cuisine. J’étais en train d’écrire un poème demandé par M. Pelowski, mon professeur d’anglais, tandis que Michael traçait allègrement sa route à travers une vingtaine d’exercices de maths. Notre mère remplit d’eau la bouilloire qu’elle posa sur la cuisinière. Le vent de mars lui avait rosi les joues.
– Vous allez adorer, Molly et toi, assura-t-elle à mon frère. C’est exactement le genre d’endroit que Dave et moi avons cherché durant tout l’hiver. Il installera son atelier de poterie dans l’ancienne remise à voitures, moi j’aurai tout l’espace nécessaire pour peindre dans la galerie du choeur. Mon loft ! C’est parfait.
– Mais comment peut-on habiter dans une église ? persista Michael qui refusait de se laisser gagner par l’enthousiasme maternel.
– Oh, ce n’est déjà plus vraiment une église, dit Mum. Des gens de Philadelphie l’avaient achetée l’an dernier, ils ont construit une extension sur le côté, pour faire un logement. Ils avaient l’intention d’ouvrir un magasin d’antiquités dans l’église proprement dite mais, après avoir procédé à ces gros travaux, ils se sont aperçus que, finalement, ils n’aimaient pas vivre à la campagne.
– Parce que c’est carrément la campagne ? demandai-je en fixant d’un oeil noir le chaton que je venais de griffonner dans la marge de mon cahier.
Mum sourit et son regard vola au-delà de ma petite personne, à travers la fenêtre de la cuisine et droit sur celle de Mme Overton de l’autre côté de la rue. J’eus l’impression qu’elle se voyait debout devant son chevalet,
travaillant à l’un de ses gigantesques tableaux, très très loin de ce qu’elle appelait « la-vie-urbaine-tueuse-d’âme». Elle a l’habitude exaspérante de glisser dans son monde imaginaire perso au moment précis où on a le plus besoin d’elle.
– Où est cette église ? questionnai-je encore à haute et intelligible voix.
– Où est-ce ? répéta Mum.
Elle versa de l’eau bouillante dans sa tasse puis y ajouta du miel.
– C’est à Holwell, dans le Maryland, pas loin des montagnes. C’est beau. Simplement beau. Le lieu idéal pour peindre et faire de la poterie.
– Qu’est-ce qu’on devient, Molly et moi ? voulut savoir Michael. On sera censés faire quoi pendant que Dave et toi vous vous adonnerez à la peinture et à la poterie ?
– Tu as promis que je pourrais suivre l’atelier d’écriture créative cet été, fis-je. Ce sera encore possible ?
– Et moi ? Je me suis déjà inscrit au Club de science, renchérit Michael. M. Phillips va nous emmener à l’Aquarium, au Science Center, et même à la Smithsonian Institution à Washington.
Mum soupira.
– J’ai peur qu’il vous faille prévoir d’autres activités pour l’été. Nous allons déménager en juin, et je ne peux raisonnablement pas envisager de vous conduire chaque jour en voiture à Baltimore.
– Mais j’ai attendu les sorties du club toute l’année ! Michael avait élevé la voix ; je me rendis compte qu’il retenait ses larmes.
– Tu auras une multitude de bois à explorer, rétorqua calmement Mum. Pense au fourmillement de vie sauvage que tu pourras observer, la faune, la flore, sans compter les insectes que tu ajouteras à ta collection. Figure-toi que le jour où nous étions là-bas, Dave et moi, nous avons vu un raton laveur, un opossum, une marmotte et des dizaines d’écureuils.
Souriante, elle s’était accoudée à la table, pleine de l’espoir de convaincre Michael qu’il allait adorer vivre dans une église au fin fond de la campagne, à des kilomètres de M. Phillips et du Club de science.

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