Baby-Sittor

Baby-Sittor

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Isabelle RENAUD
Baby-Sittor
Thierry Magnier Romans Jeunesse

Nine comprend tout, et très vite. Logique, donc, que du haut de ses dix ans et demi, ses camarades de classes, ces Gmols comme elle les appelle (ce qui donne, en version longue, Gros MOrveux Limités), ne présentent pas le moindre intérêt. Logique aussi qu’elle ait bien cerné l’attitude terriblement protectrice de ses parents : sortir jouer dans la rue, passer la nuit chez une copine, participer à un goûter d’anniversaire… Tout cela lui est interdit. Trop dangereux. Il risquerait d’y avoir des garçons (ça bouscule), des animaux (ça mord, ça griffe), une piscine (ça noie) et d’autres choses plus terrifiantes encore. Alors quand Nine apprend que sa mère vient de trouver un nouveau travail, elle jubile. Enfin un peu d’air. D’autant que dans la précipitation, ses parents ont embauché un baby-sitter pas tout à fait comme les autres. Jeune étudiant, motard, sans aucune expérience avec les enfants, Anil va sans le vouloir remuer les habitudes de la famille.

 

Il était temps. Un premier roman drôle et sensible, qui dit avec intelligence le poids qui pèse parfois sur les épaules des enfants.





Le jour où mes parents se sont retrouvés vraiment coincés, j’avais dix ans et demi. Maman a trouvé un travail. Un vrai, qui lui plaisait, costumière dans une troupe de théâtre comme elle faisait avant. Depuis ma naissance, elle était restée à la maison pour s’occuper de moi. Et s’était toujours débrouillée pour m’attendre en personne à la sortie de l’école. Qu’il pleuve, qu’il neige, qu’il vente, quelle que soit l’heure ou la saison, elle était là. Son sac à main serré contre elle, le sourire jusqu’aux oreilles. Ça en devenait même un petit peu stressant. Du coup, ces derniers mois, je faisais une tête d’enterrement bien avant de franchir la grille. Alors elle prenait mon cartable, sa voix devenait très douce.
« Comment va ma chérie ? »
« Ça n’a pas été trop dur, cette journée ? »
S’ensuivaient des dizaines de questions sans aucun intérêt. Souvent, une fois installée sur la banquette arrière, je finissais par lui demander sa carte de la police. « Je ne parlerai qu’en présence de mon avocat si ça ne te dérange pas. Merci d’avance. »
Ça la mettait de mauvais poil malgré toutes mes formules de politesse et je pouvais jouer à la DS tranquille.
Il faut dire que mes parents s’en font beaucoup pour moi. Par exemple, quand j’étais petite, ils ne m’ont jamais confiée à une nounou, ni à une crèche, et je compte sur les doigts d’une seule main les fois où ils m’ont accompagnée dans une aire de jeux pour enfants. Encore aujourd’hui, si je me fais une bosse ou un bleu, on se précipite tous les trois aux urgences (le risque de fracture). Si je suis invitée à un anniversaire, maman refuse parce qu’il y a :
1/ des garçons (ça bouscule)
2/ des animaux domestiques (ça mord, ça griffe)
3/ une piscine (ça noie)
4/ de la nourriture (ça déclenche des allergies et des intoxications).
Autant dire que je ne sors pas beaucoup, et sous haute protection. Mais ils ont jusqu’à aujourd’hui réussi leur mission : il ne m’est rien arrivé en dix ans et demi. Mais alors rien de rien. Du beau travail.
Le jour où maman a appris qu’elle était recrutée comme costumière pour une pièce de théâtre, elle n’en menait pas large. C’était au milieu du deuxième trimestre, un jour de vent. Dès qu’on est arrivées à la maison, elle s’est ruée sur le téléphone pour appeler papa. Papa est géographe à la mairie et son travail l’occupe beaucoup. Elle ne le dérange au bureau que dans les cas d’urgence. Comme, par exemple, quand ma grand-mère est morte. Ou quand la voiture s’est retrouvée à la fourrière et qu’on ne savait plus comment rentrer chez nous. Et donc, ce jour-là. Elle était si nerveuse qu’elle fabriquait des noeuds avec le fil du téléphone en lui expliquant la situation : « Je n’aurais jamais cru qu’ils me choisiraient moi ! En plus je commence lundi ! Non mais lundi, Philippe ! Tu imagines ? »
Ils ont organisé une réunion stratégique le soir même au restaurant chinois avec agendas, téléphones, liste des sites de baby-sitting repérés sur Internet. Ils avaient trois jours pour trouver la baby-sitter idéale. Ils ont donc décidé de se mettre d’accord tout de suite sur son profil.

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