Charly (NE)

Charly (NE)

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Sarah TUROCHE DROMERY
Charly (NE)
Thierry Magnier Romans Jeunesse

Cet été, Sam aide ses parents hôteliers à accueillir les touristes : il est groom (comme Spirou !) et toujours prêt à rendre service. Surtout qu’il n’y a pas beaucoup d’enfants dans l’hôtel, ou alors ils sont trop petits pour être ses compagnons de jeux.Et contre toute attente, la dernière semaine arrive Charly, le copain rêvé. Ils sont d’accord sur tout, partagent la même passion pour les jeux vidéo, les balades et les bavardages. Sam lui confie ses secrets. Oui mais Charly, des secrets, il en a aussi, qu’il ne veut pas raconter…





Ouf! Le week-end du 15 août, qui finalement s’est prolongé jusqu’au 22, est passé et avec lui le départ des touristes de tout poils. Il ne reste à l’hôtel Les Hortensias que des habitués: Mme Lagratte, la doyenne, mamie un peu sourde au brushing laqué, Mme Lebreton institutrice à la retraite suivie de son fidèle Pilou, vieux caniche incontinent aux poils râpés, M. Legrossieur soixante-douze ans dont plus de cinquante à faire semblant de suivre un régime, la famille hollandaise Van Houtaine et leurs quatre filles aux chevelures rousses et bouclées, qui parlent dans cette langue totalement mystérieuse qu’est le néerlandais. Le classeur des réservations indique l’arrivée en fin d’après-midi des Dupont. Le nom est surligné en vert, code couleur pour indiquer que ce sont des nouveaux. Aïe! Qui dit «nouveaux», dit questions débiles du genre: Les fruits de mer sont-ils frais? Est-ce qu’il y a du beurre dans le kouign amann?
Ma mère, à la réception, répond inlassablement en souriant. Moi, ça me rend dingue. J’ai envie de leur dire que les huîtres sont au soleil depuis deux mois, que le gâteau breton est garanti zéro calorie et que l’eau de la Manche ne descend jamais au-dessous de vingt-sept degrés. Mon père, lui, opère toute la journée en cuisine. Quand j’étais plus petit, mes parents m’envoyaient en colo en juillet et en août. Cette année, j’ai onze ans et j’ai choisi de rester. Je porte les valises, je sors le toutou de Mme Lebreton, je lis en articulant très distinctement la rubrique nécrologie du journal local à Mme Lagratte, je cours à la boulangerie acheter en douce une belle part de far au caramel beurre salé pour Vous-Devinez-Qui.
Bien sûr, de temps à autre, j’ai droit à un petit billet en pourboire et ça c’est chouette. Mais j’ai drôlement hâte que les vacances se terminent et de retrouver mes copains! Il est 22 heures et avec maman on attend toujours les Dupont. Je me demande à quoi ils vont ressembler. J’espère qu’il n’y aura pas de nourrisson braillard ou, pire, des fillettes pleurnichardes.
Enfin, j’entends une voiture se garer devant l’hôtel. Pendant que maman remplit les fiches d’accueil, je me précipite pour vider le coffre. Sur la banquette arrière dort une petite fille d’environ cinq ans, le pouce dans la bouche. Et voilà!

– Tu veux un coup de main pour les valoches?
Je sursaute. En face de moi, un garçon de mon âge me tend la main. Cheveux châtains ébouriffés, yeux clairs, appareil dentaire, genoux écorchés.
– Je m’appelle Charly. Et toi?
– Sam.
On prend chacun deux gros sacs de voyage et je le conduis jusqu’à la chambre.
– C’est classe ici! (Il siffle deux coups admiratifs.)
On se croirait dans la maison de ma grande tante. Je ne sais pas trop s’il se moque. Notre hôtel est plus proche de la pension de famille au charme suranné que du complexe hôtelier high-tech. La bâtisse date de 1892. Murs blancs, volets bleus. Les couloirs étroits et sinueux gardent l’odeur des parquets cirés. Ça grince un peu quand on marche.

Sarah Turoche est auteur de littérature jeunesse depuis quelques années, monteuse pour le cinéma, elle écrit des histoires courtes entre deux projets.



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