Le bonheur est un déchet toxique



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Manu CAUSSE
Le bonheur est un déchet toxique
Thierry Magnier Romans Jeunesse

Nathanaël a toujours vécu seul avec son père, croyant sa mère morte. Il a accompagné son père durant sa longue maladie, tissant des liens indéfectibles. Mais au décès de celui-ci, il apprend que non seulement sa mère n’est pas morte mais qu’elle réclame sa garde. Au lieu de vivre avec sa tante et ses cousins à Lyon, le voici propulsé à la campagne avec une mère vegan et ardente militante écologiste. L’atterrissage est compliqué…

Ce roman subtil navigue avec bienveillance de l’émotion à l’humour, de la ville à la campagne et des peines de coeur à la résistance écologiste.





Dire que je n’ai pas pleuré à l’enterrement de mon père.
Enfin si, un peu, évidemment. Mais quand même. Derrière les larmes, j’ai presque réussi à sourire. Je lui avais promis.
– Qu’est-ce que tu feras, à mon enterrement ?
– Je pleurerai, papa. Bien sûr.
– Bzzzz ! Mauvaise réponse. Si tu pleures, tu me devras un bouquet de roses.
– Et si je ne pleure pas ?
– Tu auras gagné.
On faisait des paris tout le temps. Quand je perdais, je lui devais des fleurs, des moments sans ordinateur ou téléphone. Quand je gagnais, il me devait des bisous.
D’accord, les bisous, j’avais un peu arrêté d’en vouloir vers mes huit ans. Il y a un moment quand on grandit où on trouve que les bisous de son père, c’est juste nul.

Et puis deux ans après, j’en ai voulu de nouveau. Le plus possible. Au point de vouloir gagner tous mes paris avec lui.
– Nathan, tu sais, toutes les belles choses qu’on vit ensemble ?
– Oui papa ?
– Eh bien, j’ai une bonne et une mauvaise nouvelle. La bonne, c’est qu’elles existent pour toujours. La mauvaise, c’est qu’il n’y en aura pas beaucoup d’autres. Enfin, si, plein. Mais moins que j’aimerais. Moins que je pensais.
J’avais douze ans, et j’avais beau être habitué à la façon un peu bizarre dont mon père s’exprimait, je n’ai pas compris.
– Mon Nathan, mon amour, il va falloir être très grand et très courageux.
C’est la première fois que j’ai entendu le mot « cancer » en dehors d’un horoscope. Mais comme dans l’horoscope, il y avait un calendrier.
– Six mois ou un an, peut-être. Trois ans si on a beaucoup de chance. Si on se bat.
On a eu quatre ans. Quatre ans ou presque. Trois ans, huit mois, vingt-trois jours.
– Tu vas tenir quatre ans, hein, papa ? On fêtera l’anniversaire. Ici, ou même à la maison, pourquoi pas ?
Ça faisait quatre mois qu’il ne sortait plus de l’hôpital. Il avait perdu beaucoup de poids. En fait, à ce moment-là, je pesais plus que lui – et je ne suis pas bien lourd. Sa peau était très pâle, presque aussi blanche que les draps du lit. Mais quand il souriait, on aurait dit que toute la chambre s’éclairait.
– On s’en fiche, des anniversaires. Alors, qu’est-ce que tu feras, à mon enterrement ?
– Je sourirai, papa.
– Et pourquoi ?
– Parce qu’on a vécu des choses merveilleuses.
– Et ?
– Et qu’elles ne disparaîtront jamais.
– Et ?
– Et que j’ai ton sourire, tout le monde dit ça, et que chaque fois que je souris tu es un peu ici.
– Exactement. Et pour chaque sourire, je viendrai te faire un bisou dans tes rêves. Promis.

Né au début des années 70,a grandi dans le sud-ouest avec la ferme intention de
devenir une rock-star internationale. Les spectateurs des groupes de rock auxquels il a participé n’étant pas tout à fait du même avis, il s’est rabattu sur l’enseignement du français, avant de se consacrer entièrement à l’écriture depuis 2005. On peut encore parfois entendre chanter ses guitares (et crier ses voisins) du côté de Toulouse.
Traducteur, auteur de recueils de nouvelles et de pièces de théâtre pour adultes et adolescents, il a également écrit plusieurs romans bilingue comme Roméo@Juliette, Solo Rock ou My Love, Mon vampire aux éditions Talents Hauts. Il travaille actuellement sur différents projets de spectacles et de romans.

On peut le suivre sur internet : www.manucausse.net



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